Écrire une bonne scène de combat ou d’action (1/2)

« Tu veux te battre ?
— Hum ? »


 

Dans la nuit du samedi 04 juin 2016, l’association Nice Fictions organisait — dans le cadre du Festival du livre de Nice — une Nuit de l’écriture. Nous étions une quinzaine d’auteurs réunis dans un cadre merveilleux pour écrire : la bibliothèque universitaire, intégralement vide pour nous.

J’y animais l’une des tables rondes sur la rédaction d’une scène de combat ou d’action (1). Voici un résumé de ce qui s’y est dit. Je te parlerai de la forme dans une seconde partie de l’article… mais aujourd’hui parlons du fond, avec des éléments importants à définir avant même d’attaquer l’écriture.

1) Qui se bat, et quels sont les enjeux ?

Imagine : là où tu trouves actuellement, deux individus font irruption en se battant l’un contre l’autre, faisant de toi le spectateur de leur affrontement. Le duel peut-être superbe et magnifiquement chorégraphié : tu ne seras pourtant pas très impliqué émotionnellement. La raison en est simple : tu ne les connais pas, tu n’as aucune idée de la raison du combat ni de ce qui est en jeu. Or, une bonne scène d’action, c’est une scène où l’on tremble, où l’adrénaline s’insinue dans nos veines à travers la page… et cela ne peut avoir lieu que si on espère une issue spécifique à la scène, et qu’on en craint une ou plusieurs autres.

— quels sont les personnages en action ? Le lecteur les connaît-il ? A-t-il des raisons d’espérer la victoire de l’un ou l’autre ?

— quel est la raison d’être de cette scène d’action/de ce combat ? Quels sont les enjeux en cas de défaite/victoire ?

Il est très préférable que le lecteur ait un parti pris dans la scène, car sans cela, même si l’écriture est belle, il lui sera bien difficile de s’intéresser à l’action. On doit donc lui avoir « exposé » la scène en amont (personnages, motivations, enjeux) afin qu’il puisse désirer ou craindre la victoire de l’un ou de l’autre. Certains auteurs ouvrent leurs livres directement sur un combat avec des personnages inconnus du lecteur : ils se pensent astucieux, mais ces scènes sont rarement palpitantes, pour cette simple raison.

Poser clairement les motivations et les enjeux du combat permet en outre d’éviter des incohérences, ou d’avoir des fils conducteurs originaux pour mener sa scène.

Exemple 1 : dans un mauvais polar lu récemment, une scène montre l’héroïne se faire courser en voiture par un « méchant », qui finit par la pousser dans un ravin. Or, dans une scène précédente, l’antagoniste apprend qu’il doit absolument la prendre vivante car elle détient des infos capitales : la pousser à l’accident est donc particulièrement stupide, et l’auteur s’est laissé embarqué par l’action et les clichés (il s’arrange bien sûr pour que le personnage sorte indemne de la cascade).

Exemple 2 : lors de la Nuit de l’écriture, nous avons cité un exemple issu du cinéma, avec une scène de combat/poursuite de Pirates des Caraïbes, dans laquelle plusieurs protagonistes se disputent le coffre renfermant le cœur de Davy Jones. Nous ne craignons pas vraiment pour la vie de nos héros. Tout le sel de la scène réside dans un enjeu autre : le coffre. Un enjeu clair à l’issue incertaine : tout ce qu’il faut pour construire une scène palpitante, le coffre passant de mains en mains au fil de l’action.

2) Où se situe l’action ?

Une scène d’action, c’est une scène visuelle : plus que tout autre, c’est une scène que le lecteur va vouloir imaginer et visualiser mentalement. C’est même le défaut le plus récurrent, d’après le sondage réalisé samedi soir : la plupart des scènes d’action « qui ne fonctionnent » pas ont un souci de clarté, l’action s’y déroulant étant parfois incompréhensible.

Or, une scène d’action (que ce soit une poursuite ou un combat) est fortement impactée par l’arène. Si elle est floue dans l’esprit de l’auteur, elle le sera dans l’esprit du lecteur. Si tu as déjà fait du jeu de rôle, tu sais bien que s’il existe UN moment où on va prendre le temps de dessiner un plan de la situation, c’est bien au début d’une scène d’action. Il faut donc que l’auteur ait une parfaite vision du lieu de l’action avant d’écrire ; et il faut faire en sorte que le lecteur ait une parfaite vision du lieu au moment de lire.

Astuce : nous verrons dans le prochain article que les descriptions ralentissent et nuisent à une scène d’action ; or, nous venons de voir qu’il faut que le lecteur ait une bonne vision du lieu. Une astuce consiste à placer la scène d’action dans un lieu que le lecteur connait (déjà décrit plus tôt et plusieurs fois dans le livre), ou par faire visiter l’endroit par le personnage juste avant que l’action ne débute.

3) La portée symbolique

Tous les combats n’ont pas de portée symbolique, et n’ont pas à en avoir. Néanmoins, l’auteur devrait se poser la question pour chacun d’eux : y a-t-il « quelque chose » de plus derrière ce combat ? Des valeurs ? Une métaphore autour de l’adversaire ? Un symbole concernant le lieu de l’affrontement ? La scène va-t-elle forcer le personnage à un choix qui reflète le conflit interne qui l’anime ? Ajouter un fil thématique dans la trame de ton combat peut lui apporter un relief important.

Les combats qui restent le plus en mémoire sont ceux qui sont « plus » qu’un simple passage d’action.

M’enfin, ce ne sont que nos avis.

😉

L’article suivant parlera encore des scènes de combat et d’action, mais plus sur l’aspect forme.


(1) Aucun séminariste n’a été blessé durant cette table ronde. Merci spécial à Sybille Marchetto et Léo Lallot, novellistes expérimentés, pour leurs apports précieux à cette table ronde.

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(3 commentaires)

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