[EXERCICE] Gestion des narrations #01 – narration focalisée

Le sujet de la maîtrise des narrations m’intéresse particulièrement, et j’y reviens à de multiples reprises sur ce blog :

La rubrique La gestion des narrations – Exercices te propose de te mettre au travail. Il s’agit d’exercices d’écriture construits sur le modèle suivant : un texte de départ est proposé, texte qui présente des problèmes liés à la gestion de sa narration ; un commentaire général l’accompagne, donnant les grandes lignes des problèmes que le texte pose, puis le texte est présenté dans une version annotée qui pointe plus spécifiquement où se situent les écarts de narration ; enfin une proposition de réécriture est fournie, qui n’est pas LA correction ultime mais simplement une version qui gomme les problèmes de narration identifiés.

Exercice #01 : écrire en narration focalisée

Les consignes que je te propose :
1) Lis le texte de départ ci-dessus. Imaginons, pour l’exercice, que l’auteur ait eu l’intention d’utiliser ici une narration focalisée sur Mathieu : en quoi la gère-t-il mal ? Qu’est-ce qui ne marche pas au niveau de la narration ?
2) Écris toi-même, chez toi, une nouvelle version de ce texte, avec pour seul et unique objectif de respecter une focalisation franche sur Mathieu.
3) Lis ensuite mes commentaires et annotations, puis ma propre réécriture. Relis la tienne et jauge ce qui fonctionne ou ce qui ne marche pas.

Entre l’étape 1 et 2, tu es bien sûr libre (si tu le souhaites) de lire mes commentaires pour te guider, et/ou ma propre proposition (je ne conseille pas de lire la réécriture avant d’écrire toi-même, mais c’est ton exercice, c’est toi qui vois).

Les fichiers de l’exercice #01

(Attention, le fichier « complet » contient les parties I à III : texte original + commentaires + réécriture)


Bonne écriture !
Et dis-moi ce que tu penses de l’exercice : si c’est utile, j’en ferai d’autres.

(7 commentaires)

    1. Cela faisait longtemps que j’avais ça en tête. Je teste. Je crains que ça n’intéresse qu’une frange marginale d’auteurs travailleurs, mais je vais laisser passer un peu de temps (parce qu’il en faut effectivement pour se livrer à l’exercice) et voir les retombées. J’ai PLEIN d’exercices du même genre en tête. À suivre ?

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  1. Merci Stéphane. Très intéressant et très chouette que tu te mettes aussi à proposer des exercices. Pas certaine de les faire tous, mais en tous cas j’en prendrai connaissance car cela tombe à pic pour apporter de l’eau à mon moulin. Ici, j’aurais plutôt opté pour une narration omnisciente ratée, la focalisation interne ne me saute pas aux yeux. Peut-être à cause des défauts que tu pointes. Je me permets de te signaler une chtite coquille qui t’a échappée, peut-être ne fais-tu pas la cuisine. Il ne s’agit pas de l’épluchure des légumes, mais de l’épluchage des légumes, l’épluchure étant ce qu’il reste après l’épluchage. Ce qui me fait penser à une expression créole ancienne. D’une jeune-fille qui faisait tapisserie dans un bal (à l’époque, il y avait des bals), on disait qu’elle « pluchait l’ail ». Et si elle était invitée à danser et refusait son cavalier, celui-ci était en droit de se vexer et de lui répondre « alé pluche l’ail ». Autrement dit, « reste dans ta cuisine, pauvre fille » (librement traduit).
    Partante pour d’autres exercices, à 200%.

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    1. Tu as raison, et il est difficile de savoir quelle était l’intention de l’auteur à l’origine : écrire en focalisation interne ? En omniscient ? Probablement ne le savait-il pas lui-même. J’ai personnellement assumé qu’il s’agissait d’une focalisation ratée parce que le récit semble bel et bien centré sur Mathieu sur le long terme et que les autres personnages ont peu de chances d’être présents dans le reste du récit… mais il pourrait être très intéressant de choisir le parti pris inverse et de procéder à une réécriture avec un vrai omniscient (je vais gamberger sur cette possibilité, ça permettrait de réutiliser le texte de départ).
      Tu as aussi raison pour l’épluchage, évidemment, et c’est une honte avec tout le temps que je passe en cuisine (chez moi, cet espace et *mon* territoire).

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  2. Merci pour cet exercice ! J’ai beaucoup aimé tes commentaires, très justes et instructifs.
    Si je peux me permettre une remarque sans rapport avec la gestion des narrations, dans ta proposition de réécriture, la personnalité de Mathieu me parait avoir changé par rapport au texte d’origine. Je ressens un perso plutôt conciliant et pas du tout « tête de con », alors que dans la v1, il commençait par « se relever et redresser le menton pour faire face ». Dans ta version, au début, il cherche à plaire, présente par deux fois ses excuses (au lieu de « il bredouilla une excuse »), et tout d’un coup, il décide de s’interposer, ce qui n’est pas super logique pour un employé qui depuis des mois semblait connaître et tolérer ce genre d’injustices. Puis il s’en va, juste « parce que quelque chose s’est brisé en lui », sans détail complémentaire.
    Quitte à revisiter le personnage, à mon sens, il aurait été utile d’expliquer cette brisure. ^^
    Aussi, la réplique « quelque chose vous tracasse, Chef ? » est moins puissante que « mais vous n’avez pas bientôt fini de crier ainsi, Chef ? ». Quand tu dis « il jeta l’éponge dans le bac de plonge », c’est moins fort que « il jeta l’éponge, littéralement ». (Qui laisse plus de possibilités, il peut jeter l’éponge contre le mur, par exemple, car jeter l’éponge dans un évier, ça n’a rien de vraiment anormal pour un plongeur) Et quand il s’en va, on ne sait pas vraiment s’il démissionne, ou s’il se barre juste pour la soirée parce qu’il en a marre. « Son travail ici était terminé » est moins explicite que « il démissionnait, rendait son tablier ».
    Dans ta version revisitée, le côté rébellion/dispute me parait atténué. 🙂 Mais après tout, pourquoi pas, c’est un choix rédactionnel.
    J’ai aussi une petite question sur la vague moussue qui inonde le plan de travail. C’est vraiment elle qui éclabousse les chaussures et la manche ? Il me semblait plutôt que c’était le fait de plonger la gamelle dans l’eau avec trop de force ? (dans le texte d’origine, du moins. ^^)
    En tout cas, oui, ce genre d’exercice est super intéressant et source de multiples réflexions ! Encore merci ! J’irai voir le #2 prochainement.

    Aimé par 1 personne

    1. Ah, c’est très bien que tu abordes ce sujet, parce que j’avais pensé fournir des explications quelque part dans un commentaire puis j’ai oublié.
      Donc :
      En théorie, je suppose que tous ceux qui ont tenté cet exercice à la maison (tant le 01 dont tu parles que le 02) se sont heurtés à une difficulté majeure : comme le texte original ne fournit quasiment pas d’éléments internes sur les personnages (dont Mathieu), procéder à des réécritures exige de nous que nous *inventions* des choses qui ne figurent pas dans le texte de départ. Le Mathieu du texte initial est une coquille vide, et inventer le contexte qui justifierait ses paroles et attitudes n’est pas chose aisée. J’ai essayé de coller au mieux dans ma réécriture, mais en focalisé on se heurte à un mur : il est difficile de justifier les pensées internes de Mathieu sans en faire (pardonnez l’expression) un gros con. Or, avec cette narration, c’est notre héros, et je crois qu’inconsciemment j’ai atténué son côté « rebelle à deux balles » pour le rendre plus attachant (il est plus humble au début, et réagit ensuite parce que Maurin traite mal Alice).
      Quand tu feras l’exercice 02 (si ce n’est déjà fait) tu te heurteras à la même difficulté. N’hésite pas à inventer ce que tu veux tant que ça va dans le sens de la narration : le but est que la scène soit intéressante à lire pour le lecteur, pas de respecter à la lettre une scène initiale qui est (justement) mal écrite.
      Tu verras, je me suis lâché aussi dans l’exercice 02.
      🙂

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