[CAS PRATIQUE] Narrateur omniscient Vs 3ème personne focalisée (2ème partie)

« Je suis perdu, du coup : suis-je un narrateur omniscient ou un personnage ?
— Tu es une voix off…. »


Dans un précédent article, j’ai entamé un face à face entre deux narrations à la troisième personne. Objectif : t’aider à ne pas les mélanger dans tes textes, sous peine de cumuler leurs défauts tout en perdant leurs avantages. Approfondissons encore via d’autres exemples et extraits.

Étudions un nouvel extrait

 Vlad tenta de saisir les rênes, mais le cheval s’écarta d’un bond.
— Saleté de canasson ! cracha le mercenaire, donnant un coup de botte rageur que le noble destrier esquiva avec élégance.
Vlad se renfrogna, essoufflé. Ce n’était pas la peine d’insister : la bête n’avait jamais fait une monture décente. Le rassemblement avait lieu dans deux jours, et il n’avait pas le temps de mater l’animal. Mieux valait sans doute chercher à en voler un autre. Il avait entendu dire que Mansen avait agrandi son troupeau récemment. Avec un peu de chance, si le vieux grincheux n’avait pas encore marqué toutes ses nouvelles acquisitions, il y avait moyen d’en dérober une, ni vu ni connu.
À cette idée, Vlad sourit.

À ton avis, dans cet extrait, dans quel type de narration sommes-nous ?

Difficile à dire : dans la première partie, nous sommes clairement avec un narrateur omniscient. L’incise « cracha le mercenaire » est un point de vue externe (il est peu probable que l’homme se désigne et pense à lui-même ainsi). Les termes « noble destrier » et « élégance » ne sont clairement pas issus du personnage : Vlad déteste ce canasson, et pour lui l’animal n’a rien de noble. Pourtant, toute la seconde partie est au contraire très focalisée. Vlad n’est plus mentionné que par son prénom et le pronom « il », nous avons accès au cheminement de sa pensée en direct, sans même des tournures du genre « il réalisa que » ou « il comprit que ». C’est un paragraphe typique d’un récit à la 3ème personne focalisée. En quelques lignes, nous avons donc droit à un grand écart stylistique. Ce texte n’est pas « juste » ou « faux », il n’est pas « bon » ou « mauvais », il est juste incohérent dans sa forme :

> si l’auteur visait l’immersion, ses deux premières phrases sont maladroites, car non focalisées : elles repoussent le lecteur hors de Vlad. Pour y remédier, il faudrait épurer les éléments qui ne sont pas du point de vue de Vlad. Par exemple :

 Le cheval s’écarta d’un bond quand Vlad tenta d’en saisir les rênes.
— Saleté de canasson ! cracha-t-il, donnant un coup de botte que l’animal évita d’un second pas sur le côté.

> si l’auteur utilise la narration omnisciente à dessein, il en fait un usage bien timoré dans son second paragraphe : le texte reste trop « dans la tête » de Vlad, et l’auteur de profite pas de son outil. Bien sûr, sur quelques lignes comme ici, c’est peut-être un choix conscient de l’auteur que de se limiter à Vlad… mais il pourrait aussi utiliser l’humour en nous faisant partager l’avis du cheval, ou en profiter pour commenter les actions du personnage, ou tout autre chose. Par exemple :

Vlad tenta de saisir les rênes, mais le cheval s’écarta d’un bond.
— Saleté de canasson ! cracha le mercenaire, donnant un coup de botte rageur.
Le noble destrier esquiva le coup avec élégance : l’animal avait été élevé chez le Duc de Martigny, et il était hors de question qu’il se laisse monter par un rustre pareil.
Ledit rustre se renfrogna, essoufflé, et comprit que ce n’était pas la peine d’insister : d’aussi loin qu’il se souvienne (et Vlad avait une bonne mémoire), la bête n’avait jamais fait une monture décente. Le fait que Vlad lui-même ne fasse pas un cavalier décent ne lui effleura pas l’esprit.
Le rassemblement avait lieu dans deux jours, et l’homme réalisa qu’il n’avait pas le temps de mater l’animal. Alors, parce que c’est ainsi que pensent les mercenaires, il songea qu’il serait plus facile d’en voler un autre…

Volontairement caricatural, l’exemple ci-dessus donne néanmoins une idée de ce qu’il est possible de faire avec un narrateur omniscient (les possibilités sont immenses, et pas seulement dans la veine humoristique). Alors oui, on perd en immersion, mais on peut – si on s’en donne la peine – compenser par une prose savoureuse pour d’autres raisons. Tu remarqueras par exemple que le narrateur omniscient permet de glisser bien plus d’informations en peu de phrases (on apprend l’origine du cheval, on précise que Vlad a une bonne mémoire mais n’est pas du genre à se remettre en question, etc.).

Dans l’exemple suivant tiré de l’un de ses guides d’écriture, Orson Scott Card utilise le narrateur omniscient pour nous faire savourer un rendez-vous amoureux raté : nous savons ce que pense chacun des protagonistes, alors qu’ils se trompent l’un sur l’autre. Il serait impossible de raconter une telle scène avec une narration focalisée (ou alors il faudrait écrire un chapitre avec un point de vue, puis un autre chapitre avec l’autre, ce qui serait long et fastidieux, aussi bien à écrire qu’à lire).

Pete eut l’impression de passer un examen. Il savait qu’il n’était pas bon, mais il ignorait pourquoi. Il bafouilla, tenta de l’impressionner par sa sensibilité alors que Nora se serait parfaitement accommodée d’un gars qui regarde le foot en buvant de la bière. Elle avait grandi avec des frères qui ne savaient pas s’amuser autrement qu’en se faisant des bleus. […] Elle aimait bien chahuter, rire grassement et faire l’idiote. Elle s’imaginait que Pete lui ressemblait, car il rigolait bien avec ses collègues de bureau. Aussi, son discours sur les mérites relatifs des visions comiques de Woody Allen et Groucho Marx eurent pour effet de la mettre mal à l’aise. […] Pourtant, il s’agissait bien du même Pete qui avait traversé le bar de hockey complètement nu lorsque Walter Payton avait raté son touchdown lors du vingtième Super Bowl. […]
Si seulement ils avaient su que ni l’un ni l’autre n’avaient réussi à regarder Tess sans piquer du nez au milieu du film…

extrait de Personnages et points de vue / Orson Scott Card

Non, cet extrait n’est pas un modèle d’immersion : nous sommes bien en retrait, spectateurs, « au-dessus » des personnages. En revanche, nous avons l’énorme avantage d’accéder à leurs pensées respectives en parallèle. Les autres informations caractérisent les personnages en quelques traits bien choisis, et qui ne se limitent pas à leurs pensées lors de l’entretien : Pete ne se remémore pas la soirée Super Bowl, c’est juste le narrateur qui choisit de nous parler de cette anecdote pour nous faire comprendre qui est Pete. De même, la phrase « Elle aimait bien chahuter, rire grassement et faire l’idiote » ne provient pas de Nora : même si elle est peut-être capable d’autodérision, elle ne se décrirait certainement pas en ces termes. En revanche, cela nous éclaire beaucoup, nous lecteurs, et ce en quelques phrases. Bref, c’est du narrateur omniscient… utilisé à très bon escient.

Des références

Les exemples de narration à la troisième personne focalisée sont légions : c’est le mode de narration le plus répandu aujourd’hui. Histoire de te citer au moins un modèle à suivre, mentionnons Le cycle d’Ender d’Orson Scott Card. Le livre de Card intitulé Personnages et points de vue est l’une des meilleures références techniques que tu puisses trouver sur la gestion des points de vue de narration. Les ouvrages de fiction de cet auteur – éminent professeur de littérature – sont donc de bons modèles à étudier.

Ender se tut et mangea. Mick ne lui plaisait pas. Et il savait qu’il ne risquait pas de finir de la même façon. C’était peut-être ce que les professeurs avaient prévu, mais Ender n’avait pas l’intention de se conformer à leurs projets.
Je ne serai pas le doryphore de mon groupe, se dit Ender. Je n’ai pas quitté Valentine, Mana et Papa pour venir ici et être gelé.
Lorsqu’il porta sa fourchette à sa bouche, il sentit sa famille autour de lui, comme elle l’avait toujours été. Il savait exactement de quel côté tourner la tête pour vois sa Mère, essayant d’empêcher Valentine de faire du bruit en mangeant sa soupe. Il savait exactement où se trouvait son Père, fixant les nouvelles, sur la table, tout en feignant de prendre part à la conversation. Peter, feignant de sortir un petit pois écrasé de son nez – même Peter pouvait être drôle.
Penser à eux était une erreur. Un sanglot lui serra la gorge et il le ravala ; il ne voyait plus son assiette.

extrait de La Stratégie Ender / Orson Scott Card

Les exemples de narrateurs omniscients sont plus rares de nos jours, mais en fantasy française nous avons la chance d’en avoir un exemple brillant : La trilogie de Wielstadt de Pierre Pevel. Ce roman de cape et d’épée à la sauce dark fantasy est certes centré sur le personnage du chevalier Kantz, mais nous ne sommes pas cantonnés à ses pensées et perceptions. Pevel utilise tous les avantages de cette narration : humour, ironie dramatique, mystère et suspens, ou encore capacités didactiques (il en profite pour nous faire partager ses connaissances en histoire). Il compense la perte d’immersion par une plume enlevée et un récit plein de panache. Nous ne comprendrons jamais le personnage de Kantz aussi bien que le personnage d’Ender, mais le plaisir ici est ailleurs : nous ne sommes que spectateurs, certes, mais spectateurs d’une palpitante pièce de théâtre. 

Quelques jours de promiscuité avaient permis à Kantz d’apprendre deux choses concernant Chandelle. Premièrement, si elle se levait tôt et se couchait tard, elle n’en passait pas moins l’essentiel de son temps à dormir, à la manière des chats. Deuxièmement, elle débordait d’énergie pendant son temps de veille, une énergie qu’elle voulait employer à se rendre utile : de fait, Heide n’avait de cesse de lui trouver de menus travaux à sa mesure pour l’occuper.
Passé la surprise qu’elle provoquait toujours, la fée avait été adoptée par toute la maisonnée et il ne fut jamais question de la rendre à Feodor. Adorée par Stefan, choyée par Heide dont elle chatouillait la fibre maternelle, Chandelle faisait la joie du foyer.
Kantz l’avait pour sa part acceptée de bonne grâce. Il exigea simplement qu’elle ne se montre pas aux étrangers et que les autres gardent le secret de sa présence. « Que ma maison devienne le rendez-vous d’une foule de curieux est bien ce que je souhaite le moins », avait dit le chevalier qui se méfiait surtout des sombres convoitises que ne manquerait pas de susciter une fée. Quand il avait trouvé Chandelle dans son lit, il ne plaisantait qu’à moitié en disant qu’on pouvait vouloir la mettre sous cloche, ou pire, à fin d’étude. Il savait que son seul petit cadavre se négocierait une fortune – et au détail – chez les alchimistes de tout poil dont Wielstadt regorgeait.
Après avoir fait un rien de vaisselle et passé un coup de balai superflu, Heide s’occupa encore inutilement en attendant que son maître échappe à ses rêveries. Puis, n’y tenant plus, elle se planta devant lui et se racla la gorge.
« Qu’y a-t-il, Heide ? » fit Kantz en séchant son verre.
Stefan voulut le resservir mais il refusa d’un signe de tête.
« Permettez-vous que l’on vous informe du train de votre maison ? demanda Heide.
— Je t’écoute.
— Ce matin, deux mousquetaires du Temple ont frappé à l’huis.
— Voulaient-ils me voir ?
— Non pas, mais vous porter ceci… et cela. »
« Ceci » était une bourse ventrue que Heide tira de la poche de son tablier ; « cela » était un paquet oblong, jusque-là appuyé contre un mur, que Stefan dut prendre à deux mains. […]
« L’étrange épée ! fit l’adolescent en découvrant le cadeau des templiers.
—  C’est un cimeterre, expliqua Kantz. Les guerriers turcomans en manient de semblables. »
Il empoigna le sabre à large lame, en apprécia la belle facture, et découvrit un nombre gravé en chiffres romains sur le pommeau : MDXXIX.
1529…
C’était l’année du siège de Vienne par les Ottomans. En 1620 l’Empire Ottoman s’étendait […]

extrait de Les ombres de Wielstadt / Pierre Pevel

Jamais d’écarts ?

Cette notion de gestion des points de vue n’est qu’une orientation : sur un long roman, est-ce qu’on te reprochera quelques erreurs de points de vue ? Non. Pour dire vrai, la plupart de tes lecteurs ne s’en rendront jamais compte, surtout si elles ne sont que ponctuelles. La vérité est que, même chez des auteurs connus et reconnus, il est fréquent d’observer quelques écarts. Et même si je joue le donneur de leçon sur ce blog, je suis un bel exemple de « fais ce que je dis, pas ce que je fais » : dans mes romans de plus de 400 pages, je suis certain de ne pas toujours respecter ma focalisation à 100%.

Et puis, il y a parfois des cas où l’on peut avoir envie de faire un écart de façon ponctuelle et volontaire, afin d’utiliser sciemment l’un des artifices de l’autre narration :

Althéa ne se rendit compte qu’elle s’était éloignée à grands pas qu’en entamant la descente de la passerelle. Elle était passée près du corps de son père sans même le remarquer, et ce qu’elle fit alors, elle devait le regretter toute sa vie : elle quitta Vivacia […]

 extrait de Le vaisseau magique / Robin Hobb

Robin Hobb est une autrice aguerrie, et sa série Les Aventuriers de la Mer change de personnage de point de vue à chaque chapitre. La narration y est alors très focalisée. Et pourtant, que lit-on ici ? « et ce qu’elle fit alors, elle devait le regretter toute sa vie », n’est-ce pas le point de vue extérieur d’un narrateur omniscient, seul capable de connaître le futur ? Oh que si. Erreur technique ? Possible. Usage volontaire ? Bien plus probable : à ce moment du récit (1er tome d’une longue saga), le lecteur ne peut pas encore appréhender à quel point ce geste d’Althéa (quitter le navire) est fort dans cet univers. Cette petite phrase brise un instant l’immersion – certes – mais cela donne un effet d’arrêt sur image, pour souligner le drame qui se joue devant nous, pour mettre en exergue le basculement de l’histoire (d’un point de vue dramaturgique, l’aventure du personnage d’Althéa commence en cet instant précis).

Tu l’auras compris : tout peut marcher… sauf de mélanger les deux narrations en permanence, n’importe comment et sans s’en rendre compte. Dans mes articles, je ne peux faire que des exemples très courts, or c’est sur la durée que tout se joue. Si tu vises l’immersion avec une narration focalisée, c’est sur ton chapitre entier (voire ton livre entier !) que tu devras coller à ton personnage de point de vue, en évitant le plus possible de t’en détourner. Si tu joues le narrateur omniscient, c’est en permanence que tu devras prendre du recul et avoir une vue d’ensemble de ta scène, afin de choisir les « meilleurs morceaux » à livrer à ton lecteur.

Une histoire d’interprétation

C’est inconscient de la part de celui qui te lit : après seulement quelques phrases, il enregistre mentalement quelle est la narration et s’y fie. Mélanger les narrations le perd, et donne une impression de flottement. Le lecteur ne saura jamais très bien où il se situe par rapport à l’action… et comment il doit la jauger. Car il faut que tu comprennes qu’une même phrase s’interprète différemment selon la narration employée.

John regarda par la fenêtre. Sur le trottoir d’en face, un nègre passait, déambulant d’une démarche chaloupée.
> Impossible ici de savoir en quelle narration nous sommes. Mais réalises-tu à quel point cette phrase ne résonnera pas pareil selon le cas ? En narration focalisée, la phrase induit que c’est John qui attribut le terme « nègre » au passant (ce qui caractérise fortement le personnage de John). Si c’est une histoire racontée par un narrateur omniscient, c’est le narrateur qui le qualifie de nègre. Ce n’est pas tout à fait la même chose, en particulier au sujet de la caractérisation du personnage de John.

John regarda par la fenêtre et remarqua une femme dissimulée derrière un grand chêne. Elle le fixait d’un air étrange, menaçant.
> Idem que l’exemple précédent : sans plus de contexte, cet extrait peut très bien appartenir aux deux types de narration… mais ne rend pas la même chose dans un cas ou dans l’autre. En narration focalisée, le texte induit que c’est John qui juge son air mauvais. Cela signifie que l’information est subjective, et nous pourrions découvrir plus tard que son expression de visage reflétait un autre sentiment, mal interprété par John.
Dans sa série Les aventuriers de la mer, Robin Hobb joue beaucoup sur les quiproquos et les jugements de valeurs erronés de ses personnages : un personnage en voit un autre pleurer et en conclut qu’il est triste ; puis dans le chapitre suivant, changement de personnage de point de vue, et le lecteur découvre que le personnage qui pleurait était en fait ivre de joie. L’auteur s’amuse avec la subjectivité liée à sa narration focalisée.
En revanche, si c’est un narrateur omniscient qui nous raconte l’histoire, tout change : nous savons qu’il nous affirme une vérité. Pas de subjectivité dans ce cas : nous savons que la femme fixe bel et bien John avec animosité, et nous prenons l’affirmation pour argent comptant.

En conséquence, s’en tenir clairement à un seul type de narration clarifie grandement le texte pour ton lecteur, et t’évitera des confusions parfois fâcheuses. Combiner les points de vue n’est généralement pas souhaitable, même si nous avons vu que tu peux parfois tricher un peu. L’important avec cette histoire de focalisation est surtout d’en comprendre le principe, afin de pouvoir l’utiliser ou pas en connaissance de cause.

M’enfin, ce n’est que mon avis…


« Des deux voix-off, la première était dotée d’une vive intelligence, quand l’autre était bête comme ses pieds.
— Tu m’insultes ?
— Ah non, non, c’est le point de vue du narrateur, pas le miens… »


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(15 commentaires)

  1. Bonjour Stéphane.
    Je dois dire que j’ai dévoré les articles pour le choix de la narration, les pièges, les avantages, le temps de la narration.
    Et si ces articles m’ont conforté dans le choix de la 3ème personne focalisée pour ma nouvelle d’horreur fantastique, je suis toujours en pleine confusion pour un roman de dystopie/fantastique. Sachant que l’histoire est sur 10 ans environ : un point de vue à la 3ème personne focalisée me semble peu adapté à une longue durée de temps d’histoire (ce que tu décris dans la synthèse). Mais comme mon but est de faire des chapitres alternés pour montrer qu’un même but pour les deux personnages principaux, amène à des choix radicalement différents, le point de vue omniscient me parait peu adapté pour être immergé dans la tête des personnages.
    Donc je reste encore bloqué sur le choix :
    – mettre en avant le contexte et l’histoire de l’univers et du passé pour expliquer des choix différents pour un même but, ou,
    -mettre en avant les idées / choix des personnages pour expliquer leurs actions divergeantes alors qu’ils ont un même but…
    Dur dur de choisir. >< !

    Mais en tout cas merci de ces articles très enrichissant !

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    1. Merci pour ton commentaire 🙂
      Pour ton récit, difficile de donner un conseil précis sans en savoir plus, mais pour gérer le temps tu as aussi la possibilité de procéder à des ellipses. C’est ce que je fais pour ma propre série de fantasy : chaque tome est à la 3eme personne focalisée et se déroule sur une période courte (quelques jours ou semaines), mais je laisse passer plusieurs années entre chaque tome. La série complète s’étale ainsi sur plusieurs décennies.
      Bon courage pour la suite ! 🙂

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  2. Bonsoir Stéphane,
    J’adore vos articles, mais je ne suis pas vraiment d’accord avec votre conception de la narration à la troisième personne focalisée. En ce qui me concerne je considère qu’un tel narrateur raconte l’histoire du point de vue du personnage sur lequel porte la focale, mais n’est pas le personnage lui-même. C’est même tout l’intérêt de la troisième personne, cette distance (si on n’en veut pas, autant écrire à la première personne).

    Partant de là, je ne vois aucun soucis pour désigner le personnage en question de la façon qu’on veut (« l’homme »). Ou pour porter un jugement extérieur sur ce qu’il fait (« cracha-t-il »). Ou même pour donner au lecteur des informations que le personnage en question ne connaît pas, puisque ce n’est pas le personnage focalisé lui-même qui raconte l’histoire (ce qui est le principe même de la troisième personne).

    Oui vraiment, le narrateur à la troisième personne focalisée, je le vois comme une personne à laquelle le personnage focalisé a raconté son histoire, et qui la raconte à son tour à un tiers. Du coup son récit est forcément imprégné de la perception du personnage focalisé, mais il a davantage de recul sur les événements puisqu’on lui a déjà raconté l’histoire entière, et il peut donc amener des éléments que le personnage focalisé ne connaissait pas encore à tel ou tel moment de l’histoire. Les règles que vous décrivez me semblent s’appliquer plutôt à une narration à la première personne focalisée (et encore : si le récit est au passé on peut tout à fait imaginer que le narrateur puisse là encore anticiper, en dévoilant tout de suite au lecteur des éléments dont il a eu connaissance plus tard).

    Je vous rejoins un peu sur la fin cependant ; je pense que l’écrivain n’a rien à craindre pour l’immersion de son lecteur dès lors que les règles de narration qu’il s’impose sont posées rapidement, et qu’il n’en change pas ensuite comme de chemise.
    M’enfin, ce n’est que mon avis…

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    1. Bonjour !

      Vous écrivez qu’à la 3ème personne focalisée, ce n’est pas le personnage focalisé qui raconte l’histoire. Et je suis 100% d’accord, et je n’ai jamais dit le contraire !

      Vous écrivez aussi que quand on choisit la narration à la 3ème personne, on recherche une distance. Mais il existe plusieurs façons d’écrire « à la 3ème personne ». Si on veut de la distance, on choisit l’omniscient.

      Mais si on cherche à maximiser l’immersion, on choisit la 3ème personne focalisée, qui consiste en *l’absence* de narrateur : on place le lecteur dans la tête du personnage (= immersion). Le personnage n’a aucune conscience du lecteur et ne *raconte* rien à personne : il vit l’histoire, et en plaçant le lecteur dans son esprit, on la lui fait vivre par procuration.

      À la première personne, il y a aussi une grande proximité, mais le personnage *raconte* son histoire au lecteur, et il y a donc mécaniquement un peu plus de distance (le lecteur n’est pas *dans sa tête* en train de vivre l’action, mais à côté de lui en train de l’écouter parler).

      En espérant avoir clarifié les choses.
      🙂

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      1. En effet, je n’avais pas envisagé la troisième personne focalisée comme une absence de narrateur. Partant de là, ce que vous dîtes se justifie très bien. Par contre je ne vois pas bien ce qui empêcherait de faire une première personne focalisée, exactement sur le même principe.

        Merci de votre réponse !

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        1. Toutes ces histoires de narration, ce n’est qu’une question « d’effets » sur le lecteur.

          À la première personne, le personnage dit « je ». Il a conscience d’être le protagoniste d’un récit, récit qu’il communique à quelqu’un. Donc le lecteur ne se sent *jamais* comme étant le personnage, mais comme le destinataire du récit.

          Du moins, au passé.

          Car en effet, si on écrit à la 1ère personne *au présent*, on obtient l’équivalent de ce que tu appelles une 1ère personne focalisée. Au passé le personnage raconte à posteriori, peut mentir ou déformer la réalité, etc. Au présent il raconte « en live et en direct ». C’est sans doute pour cela que cette narration est à la mode chez les jeunes auteurs (malgré ses autres défauts – ce n’est pas une narration que je conseille pour un texte long, il faut savoir ce qu’on fait avec cette option).

          Si le sujet t’intéresse et que tu ne l’as pas déjà lue, je te conseille ma série d’articles « Choisir sa narration » ainsi que l’article sur les pièges de la narration à la 1ère personne.

          Merci pour tes commentaires et à bientôt ! 🙂

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  3. Bonjour Stéphane,

    Je découvre au hasard d’une recherche votre site qui est une vraie mine de bons conseils !! Merci beaucoup !

    J’aurais une petite question sur ce fameux point de vue focalisé à la troisième personne. Vu qu’on est dans la tête du personnage peut-on retranscrire certaines de ses pensées (en italique) ou cela sort de l’immersion/focalisation ? Par exemple : peut-on écrire :
    « Paul avala une cuillère de soupe. Un goût âcre lui resta en fond de gorge. Ai-je raison de faire confiance à ce cuisinier ? songea-t-il. »
    ou vaut-il mieux écrire :
    « Paul avala une cuillère de soupe. Un goût âcre lui resta en fond de gorge. Il se demanda alors s’il avait raison de faire confiance au cuisinier. »
    A moins que les deux soient valables en fonction de l’effet que l’on veut rendre ?
    Merci de m’éclairer ! Bonne journée !

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    1. Bonjour Agathe, et merci pour ta question. En théorie :
      1) Dans ta première proposition, si le texte est déjà focalisé, tu ne devrais pas éprouver le besoin de mettre les pensées en italique.
      2) Dans ta seconde proposition, le verbe de pensée « se demanda » créé de la distance narrative (en général on essaie d’éviter au maximum tous les verbes de pensée et de sensation).

      Ma proposition serait donc :
      « Paul avala une cuillère de soupe. Un goût âcre lui resta en fond de gorge. Avait-il raison de faire confiance à ce cuisinier ? »

      Cela, c’est la théorie de base. Néanmoins, personnellement, j’aime avoir recours à l’italique pour des pensées soudaines, des exclamations, des révélations, des phrases un peu choc. Aller à la ligne et utiliser l’italique créé une forme de rupture dans le texte qui – je trouve – marche assez bien. Par exemple :
      « Paul avala une cuillère de soupe. Un goût âcre lui resta en fond de gorge. Ses yeux s’agrandirent d’horreur.
      Poison ! pensa-t-il en enfonçant deux doigts dans sa bouche pour se faire vomir. »

      (On ne peut pas faire de mise en forme dans les commentaires, mais il faut lire mon exemple ci-dessus comme si « Poison ! » était écrit en italique).

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      1. Merci beaucoup Stéphane pour ta réponse très claire ! Elle me conforte dans certains de mes choix.

        Je me posais beaucoup moins de questions quand je n’écrivais qu’au « je » ou avec un point de vue omniscient !

        Comme toi, j’aime beaucoup avoir recours aux pensée soudaines/phrases choc mises en exergue avec l’italique. Je l’utilise aussi pour de courts passages d’intenses réflexions style « mis au point d’un plan ».

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        1. La narration à la première personne est facile à tenir car on ne peut pas trop se tromper. Dans la vie on a tous une grande habitude de raconter notre vie aux autres. C’est assez naturel.
          La narration omnisciente *semble* facile aussi, mais c’est beaucoup moins évident (si l’auteur ne sait pas trop ce qu’il fait, c’est souvent très pénible à lire, avec en particulier une distance narrative atroce).
          La narration focalisée, une fois comprise, n’a pas son pareil au niveau immersion… mais elle est rarement bien maîtrisée par les novices, qui ne la comprennent pas.
          À chaque narration son usage. Elles ont toutes leurs points forts et points faibles.

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  4. Bonjour Stéphane,
    Tout d’abord, merci pour ce blog, je regrette tant de ne pas l’avoir découvert plus tôt (avant d’avoir terminé mon histoire par exemple!) Bravo !
    Mais je dois avouer que je suis perdue sur ce sujet en particulier, que je trouve comme tu dis essentiel et dont je n’avais évidemment aucune conscience avant de croiser ton blog.
    J’ai écrit tout un premier jet de 80000 mots à la 3e personne, j’ai très bien compris la distinction entre la narration focalisée et omnisciente, et je suis consciente que j’utilise à 80% le focus.
    Mais lorsque je me relis, il y a certain passages qui me laissent perplexe quant au discernement des deux.
    Par exemple:

    (Dans tout ce paragraphe, on est focalisé du POV de William)

    – Laisse-moi deviner, t’as encore lu un bouquin qui t’as ouvert les chakras. Répondit William.
    Gabriel était quelqu’un qui parlait beaucoup, mettait volontairement les pieds dans le plat avec sa repartie acérée et efficace et William ne comptait plus le nombre de fois où il l’avait perdu au détour d’une soirée, emporté dans des débats sans fin sur à peu près tout et n’importe quoi avec le premier clampin alcoolisé qui passait.
    – J’ai pas envie de rire Will. C’est sérieux.
    – D’accord, excuse moi. Je n’avais pas compris que tu étais…
    – … Quoi donc, Répondit Gabriel, déjà blasé par sa réponse avant même qu’il n’ait eu la chance de pouvoir la sortir de sa bouche.

    Je me rend donc compte que c’est quelque chose qui revient régulièrement dans mon texte, j’incruste un court POV d’un autre personnage au milieu de ma narration focalisée sur un autre.
    Est-ce que je glisse alors sans m’en rendre compte dans la narration omnisciente ?
    Est-ce qu’il y a une « règle » quant à la fréquence de changement de POV ?

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour et merci pour ce commentaire !
      En écriture il n’y a pas de « règle », il n’y a que des causes et des conséquences. La 3ème personne focalisée permet une profonde immersion, et c’est donc la principale raison de choisir cette option dans un texte de fiction. Dans ce cadre, tout ce qui est focalisé sur ton protagoniste aide à l’immersion, tout ce qui ne l’est pas (point de vue soudain omniscient, ou appartenant à un autre personnage que le protagoniste) brise l’immersion. En toute logique, tu ne devrais donc pas te contenter des 80% que tu cites, mais bien viser les 100% (et mon discours serait valable pour n’importe quelle narration : quand tu écris à la première personne, tu écris bien 100% du texte à la première personne, n’est-ce pas ?).
      Ton exemple est typique de nombreux écrits, où les auteurs « sentent » qu’il y a un problème dans le texte sans comprendre lequel. Il est là, juste ici : ces petits bouts de POV qui n’appartiennent pas au protagoniste, qui cassent le flux de lecture et l’immersion.
      En conséquence : si tu n’as qu’un seul protagoniste principal dans ton livre, 100% du texte doit être focalisé sur lui. Si tu as plusieurs personnages principaux, si tu changes de POV, change de chapitre (en respectant 1 chapitre = 1 POV particulier).
      Bonne réécriture !
      🙂

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