Choisir et maîtriser sa narration (mise à jour)

En 2016, j’ai publié une série d’articles intitulés Choisir sa narration. Depuis, ces articles ont été incroyablement partagés sur les réseaux et les forums (merci !). Néanmoins, ces articles commençaient à dater un peu. En cette fin d’année 2022, je me suis donc lancé dans une mise à jour « de rafraîchissement » de cette série, y apportant j’espère plus de précisions, de clarté et d’exemples. Pourquoi je trouve ce sujet aussi passionnant et important ? Quelles sont les ressources que je te propose à ce sujet ? Viens, on en parle.

Depuis de nombreuses années, le choix de la narration est devenu ma marotte. Tracassé de trouver si peu d’informations utiles à ce sujet dans les manuels français ou sur internet, il m’a fallu me tourner vers les ressources anglo-saxonnes pour enfin appréhender des choses qui sont pourtant capitales en écriture. Car, comme un bricoleur choisit ses outils en fonction de ce qu’il a à faire, un auteur choisit sa narration avant même de poser la première phrase d’un texte sur le papier, et c’est la narration qu’il a choisi qui va lui permettre certains effets (et, parfois, lui en interdire d’autres). C’est donc, littéralement, le B-A-BA de l’écriture.

Un constat de départ

Néanmoins, quand on discute entre auteurs (en présentiel, sur les réseaux, sur les forums), on réalise que nombreux sont celles et ceux qui ne choisissent pas vraiment la narration de leurs livres : cette décision se fait par défaut, de façon inconsciente, au feeling, par goût personnel, ou par habitude ou tic d’écriture (certains n’ont toujours écrit qu’avec une seule et même narration toute leur vie). Pourquoi ? Eh bien parce que, s’il est aisé de trouver en français des ressources qui listent les différentes narrations existantes (souvent avec des termes bien simples comme « narrateur extradiégétique »), il est beaucoup plus compliqué de trouver des conseils clairs, concrets et objectifs pour CHOISIR une narration plutôt qu’une autre par rapport à nos objectifs d’auteur : qu’est-ce que chaque narration « fait le mieux » ? Quelles sont les forces de chacune, les faiblesses ? Dans quel cas vaut-il mieux opter pour celle-ci ou celle-là ?

Et puis, en conséquence : comment les écrire ? Si elles sont si différentes les unes des autres, en quoi elles le sont et comment « tenir » chacune de ces narrations sur la durée d’un livre ? Qu’est-ce que je peux faire avec cette narration ? Qu’est-ce qu’elle m’interdit ou me rend difficile ? Le fait est que la maîtrise de chaque narration représente quasiment une compétence à part entière : tu peux être très habile pour écrire des romans à la première personne, et incapable d’écrire un bon roman à la troisième personne focalisée. C’est normal : ce sont deux choses très différentes. Il n’existe pas UNE compétence unique qui s’appellerait « savoir écrire de la fiction ».

Ce sont pour toutes ces raisons que je prends aujourd’hui le temps de rafraîchir un peu ces articles. En voici tous les liens :

SÉRIE « CHOISIR SA NARRTION »
Sommaire
Narration à la première personne au passé
Narration à la première personne au présent
Narration à la troisième personne externe – narrateur omniscient
Narration à la troisième personne en focalisation interne
Synthèse

4 pages pour une narration

J’ai toujours essayé d’illustrer mes articles d’exemples, mais c’est souvent frustrant sur le sujet de la narration : ce n’est pas en une ou deux lignes d’extrait qu’on comprend le fonctionnement d’une narration. Rien ne vaut l’étude de textes un peu plus longs, si possible de livres un peu connus ou reconnus, pour mieux comprendre ce principe de « choix de narration », pour apprécier les différences de rendus, les avantages et les inconvénients. Ainsi, je me suis lancé en 2020 dans la création d’une rubrique intitulée « 4 pages pour une narration ».

Chacun des articles listés ci-dessous te propose de découvrir les quatre premières pages d’un roman, puis en décortique la narration : quelle narration l’auteur a-t-il choisie pour son livre ? Comment le voit-on, quels sont les éléments concrets qui définissent cette narration ? Comment l’auteur utilise-t-il les avantages de cette narration, et que fait-il avec ? Comment contourne-t-il les difficultés inhérentes à cette narration, ou comment compose-t-il avec ? Au final, quel rendu cela nous donne-t-il, à nous lecteurs ? L’idée derrière cela est d’apprendre à avoir un œil plus affûté sur les narrations lors de nos lectures, afin de nous aider à faire le bon choix quand vient notre tour d’écrire nos propres histoires. En voici tous les liens :

SÉRIE « 4 PAGES POUR UNE NARRATION »
Gagner la guerre, de Jean-Philippe Jaworski
Les Chevaliers du Tintamarre, de Raphaël Bardas
Fils-des-Brumes, de Brandon Sanderson
Wyld, de Nicholas Eames
L’Assassin Royal, de Robin Hobb
Les Aventuriers de la Mer, de Robin Hobb
Révolution dans le Monde Hurlant, de Julien Hirt
La Huitième Couleur, de Terry Pratchett
Outrage et rébellion, de Catherine Dufour

S’entraîner

Ce n’est pas toujours facile d’avoir du recul sur ses propres textes, et il est plus facile de voir les choses chez les autres. Il en va de même pour s’entraîner, alors j’ai créé plusieurs exercices de narration, avec des textes « mal écrits », des commentaires et des propositions de réécriture. J’ai aussi adapté des commentaires de textes réalisés par l’éditrice Chris Winkle (avec son aimable autorisation). Si tu as envie de pratiquer les différentes narrations sur de courts textes, c’est ici :

EXERCICES D’ÉCRITURE : GESTION DES NARRATIONS
Exercice #01 – Réécrire un texte en narration focalisée
Exercice #02 – Réécrire un texte en narrateur omniscient
Exercice #03 – Réécrire un texte à la première personne
Exercice #04 – Donner plus d’immédiateté à une scène d’action (1/3)
Exercice #05 – Donner plus d’immédiateté à une scène d’action (2/3)
Exercice #06 – Donner plus d’immédiateté à une scène d’action (3/3)
Exercice #07 – Utiliser les avantages de l’omniscient

Faire simple

Les auteurs inexpérimentés ont souvent envie de faire des choses très complexes avec les narrations, et en particulier de les conjuguer et de les mélanger : « mon histoire principale sera à la troisième personne, mais il y aura aussi des chapitres à la première personne, et j’envisage peut-être des interludes en omniscient ». D’accord, il est possible de trouver de bons romans qui le font, mais… ce type de livre est extrêmement rare, par principe même : le but d’une narration est de plonger le lecteur dans l’histoire et qu’il n’en sorte plus, et un changement de narration casse le flow de lecture. La plupart des romans se tiennent à un seul type de narration.

Un auteur n’a pas besoin de multiplier les narrations pour écrire un bon livre (c’est même, le plus souvent, un défaut). Il n’a pas besoin non plus de réinventer la poudre avec des narrations hybrides atypiques ou étranges : une très (très) large majorité des romans publiés le sont avec l’une des narrations classiques décrite dans la série d’articles citée plus haut. Je me suis livré à un petit test : j’ai passé en revue tous les romans que j’ai lus en 2022 pour en déterminer la narration. Je ne lis que de l’imaginaire (à de très rares exceptions près). Grosso modo :

  • La moitié des romans lus étaient écrits à la troisième personne en focalisation interne (avec de multiples personnages, sous forme de récit choral, un format très moderne et usité en fantasy aujourd’hui – exemple : The Bloodsworn Saga de John Gwynne).
  • L’autre moitié étaient écrits à la première personne au passé (avec un personnage qui nous raconte son histoire, là encore quelque chose d’assez classique en fantasy – exemple : le cycle de la Tour de Garde de Claire Duvivier et Guillaume Chamanadjian).
  • Un unique roman de science-fiction était écrit à la troisième personne avec narrateur omniscient (La Nuit du Faune de Romain Lucazeau, avec une volonté assumée de conte philosophique, donc une narration très classique et appropriée pour cela).
  • Sur un peu moins de vingt romans, la seule « originalité » de narration de mes lectures 2022 était un roman de science-fiction écrit sous forme épistolaire : Les Oiseaux du Temps, par Amal El-Mohtar et Max Gladstone. C’est une narration que je n’ai pas couverte dans la série d’articles (une forme à part de récit à la première personne).

***

Si tu fais l’essai avec tes propres lectures, il est évident que tu obtiendras des répartitions de narrations différentes en fonction des genres que tu affectionnes et que tu lis le plus. Néanmoins, je suis prêt à parier qu’une majorité écrasante de tes lectures utilise les quatre narrations citées plus haut, sans les mélanger. Apprends à les distinguer, à les comprendre, à cerner leurs avantages et inconvénients, à maîtriser comment on écrit chacune d’entre elles, et tu auras alors une palette de compétences de base qui couvrira presque toutes les histoires qui pourraient te venir en tête.

M’enfin, ce n’est que mon avis…

Don_sarnier

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