Éviter de mal finir

Comme chaque année, avec cet article d’avant-Noël et dernier post de 2023, le blog dévie (un tout petit peu) de la ligne éditoriale à laquelle il s’astreint généralement – mais pas tant que cela, puisque l’article parle bel et bien de fins… et de quelques clichés de fin d’histoire dont les auteurs pourraient se passer. C’est aussi l’heure du bilan des publications d’articles, avec les remerciements d’usage. Et puis ce post évoquera aussi le début d’année prochaine, avec la sortie de mon nouveau roman.

Trois mauvaises façons de conclure une bonne histoire

Parfois, terminer une histoire sur une note triste, sombre ou tragique est quelque chose de voulu par l’auteur – parfois même, on sent dès le départ qu’un récit va mal finir, c’est « prévu », et ça même partie des promesses/attentes implicites de certains genres. Mais parfois, le livre semble aller tout droit vers une résolution positive et change soudain de ton pour de mauvaises raisons, créant une insatisfaction de dernière minute chez le lecteur. Voici quelques exemples.

1) Rien n’a vraiment changé

Parfois, tout concentrés qu’ils sont sur leur protagoniste et leur intrigue, les auteurs ne réalisent pas vraiment qu’à la fin de leur livre, ils sont revenus à la case départ – qu’en dépit des péripéties du roman, la situation finale est peu ou prou la même qu’au début.

  • Les héros ont vaincu leur adversaire (par exemple, le général d’un empire du mal)… mais l’empire est toujours là ;
  • Les personnages ont réussi à protéger leur invention qu’une multinationale voulait leur voler… mais la multinationale est toujours là ;
  • les protagonistes ont réussi à sauver la maison familiale qui devait être détruite par l’expansion de la ville… mais le projet d’expansion se poursuit encore et toujours ;
  • Ou pire : tout ce que les personnages ont vécu n’était qu’un rêve ou une simulation, ce qui fait qu’avec le recul, toute l’histoire n’a en réalité aucune importance.

Évidemment, cela peut être voulu, voire même être la thématique principale du livre : un récit conçu comme une tragédie, ou comme une boucle qui repart au début quand on arrive à la fin. Mais parfois, ce n’est pas intentionnel, et l’auteur n’a pas le recul nécessaire pour se faire la même réflexion que le lecteur, à savoir : « Tout ça pour ça ? À quoi bon ? » Si les héros ont bataillé tout le livre pour résoudre un problème important et que celui-ci est toujours présent à la fin du livre, cela donne l’impression que le problème est insurmontable. Cela conclut l’histoire sur une note insatisfaisante. Dans certains cas extrêmes, ça peut même donner l’impression au lecteur que l’auteur se moque d’eux : « Ah ah ! Vous pensiez vraiment que les héros pouvaient y faire quelque chose ? Quels idiots naïfs vous faites ! »

2) Ce qui rendait l’univers cool disparaît

En imaginaire, l’aspect original de l’univers repose parfois sur une magie particulière, une technologie révolutionnaire ou un concept vraiment novateur et intéressant… mais pour des raisons de scénario, l’histoire se termine avec la destruction de cet élément cool. On retrouve ça souvent en fantasy (en partie hérité de Tolkien qui fait partir la magie et les elfes à la fin de son histoire), mais aussi en SF avec des robots qui deviennent dangereux et qu’il faut éradiquer, ou encore une IA créée pour améliorer le monde qu’il faut effacer, etc.

Plein de fins de ce type sont très chouettes car elles apportent du sens à l’histoire et sont voulues dès le départ… mais parfois, les auteurs les utilisent par défaut, parce qu’ils ont l’impression que c’est forcément cela qu’il faut faire : c’est devenu un cliché. Or, si les lecteurs se sont attachés à cet élément de l’univers, cela peut rendre ce genre de fin insatisfaisante et forcée, réduisant le plaisir apporté par la fin. Si cet élément de l’univers était si cool, est-il vraiment nécessaire de vous en débarrasser en conclusion ? Pour rappel, le N de l’acronyme ANTS vaut pour Nouveauté : c’est l’un des piliers qui mènent à la satisfaction des lecteurs.

3) Les personnages n’ont pas ce qu’ils méritent

On a tellement répété aux auteurs que les happy end étaient gnan-gnan que certains en ont peur. Alors, une fois arrivés à la fin de leur histoire et quand tout semble résolu pour le mieux – PAF ! – ils rajoutent un coup du sort qui s’abat sur les personnages pour « nuancer » la conclusion. Hélas, si les lecteurs aimaient les personnages, ça nuance surtout leur plaisir de lecture.

  • Si les personnages formaient un groupe tout au long du récit, l’auteur se sent parfois obligé de dissoudre le groupe à la fin, histoire de faire couler les larmes – après tout, les personnages n’en meurent pas, ce n’est pas si grave ! Et pourtant : si le groupe formait une unité soudée et que les lecteurs y était attachés, le sentiment dominant peut s’avérer aussi fort qu’un deuil et s’avérer très décevant en guise de conclusion.
  • Si les personnages ne les méritent pas, d’éventuels coups du sort de dernière minute peuvent complètement gâcher le plaisir de la conclusion. Ici, tout est affaire de karma des personnages : s’ils ont bataillé et souffert pendant tout le livre avant de finalement atteindre leur objectif, qu’est-ce que l’auteur croit accomplir en terminant le récit sur une soudaine rupture sentimentale sortie de nulle part, un accident lié au hasard, la perte d’un proche ou une mort brutale ? Et cela fonctionne aussi en sens inverse : quelle est la morale de l’histoire si un salopard s’en sort ou qu’un antagoniste atteint finalement ses objectifs ?

Cela vaut aussi pour les fins douces-amères, les fins carrément tragiques ou les fins ambiguës : si ça ne suit pas les règles de karma, généralement cela provoque le pire ressenti qu’on puisse générer sur une fin de livre : un sentiment d’insatisfaction.

M’enfin, ce n’est que mon avis…

Bilan du blog 2023

Ce qui est satisfaisant, en revanche, c’est cette année de plus à parler dramaturgie et narration ici. Je suis ravi d’avoir pu continuer à tenir ce blog en 2023, et d’en arriver à 200 articles mis en ligne depuis 2015 ! Alors que les réseaux sociaux deviennent bien compliqués à naviguer et sont (peut-être ?) en train de doucement péricliter, je suis bien content de disposer de cet espace privilégié pour y stocker mes réflexions.

Merci à toutes et à tous, vous qui étiez plus nombreux à venir ici cette année que l’an dernier (j’ai la chance de pouvoir répéter ça tous les ans depuis le début). Je continuerai en 2024 à parler d’écriture, en privilégiant toujours le prisme de ses aspects techniques. Je n’ai toujours aucune méthode miracle à proposer, pas de coaching à vendre, pas de solution à l’équation « qu’est-ce qu’un bon livre ? », mais j’ai un apprentissage infini à poursuivre de mon côté et à traduire ici sous forme d’articles.

Je rappelle aussi à celles et ceux que ça intéresse que je tiens un second blog (de façon plus sporadique et intimiste), où j’évoque mes travaux d’écriture en cours. Je raconte un peu de quoi ils parlent, quels sont les objectifs, je parle quantité de signes à produire et deadlines, j’expose certains problèmes que je rencontre et comment j’essaie de m’en sortir : ça s’appelle « Encre Café », et c’est ici !

La Brume l’emportera

Enfin, vous avez peut-être vu passer l’information si vous rôdez sur mes réseaux : mon nouveau roman est à paraître le 21 février 2024 aux éditions Mnémos. Il s’intitule La Brume l’emportera. C’est un roman de fantasy adulte qui parle du passé et des erreurs qu’on voudrait ne pas avoir commises. Vous pouvez en apprendre plus ici, et je communiquerai évidemment beaucoup dessus dans les deux-trois mois à venir !


J’espère que, de votre côté, vous avez appris plein de choses intéressantes en écriture cette année (ici ou ailleurs), que vous avez bien avancé sur vos projets, que vous avez lu des livres super. Je ne doute pas que d’autres bouquins arrivent sous le sapin. Je vous souhaite une excellente fin d’année et de joyeuses fêtes, et je vous donne rendez-vous ici en janvier pour continuer à causer dramaturgie et narration.

Stéphane.

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(10 commentaires)

  1. Bonjour Stéphane, merci pour vos articles toujours aussi intéressants, qui m’ont accompagnée toute l’année. C’est une présence bienfaisante pour l’écrivain en herbe (ou en fleur, ou en cactus) que je suis. C’est avec plaisir que je vous lirai l’an prochain et tous les suivants ! Je vous souhaite de belles fêtes de fin d’année et plein d’inspiration l’an prochain… et tous les suivants.

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  2. Bonjour Stéphane,
    Un grand merci pour partager votre plume inspirante sur votre blog toute l’année ! Vos mots captivent, chaque publication est intéressante. Merci aussi de nous offrir un voyage dans votre monde d’idées et de réflexions, j’ai noté votre prochain livre pour février. Votre contribution est une source de joie dans ce qui reste de blogs littéraires. 😟

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