Puisqu’il paraît que nos lecteurs n’apprécient pas les héros trop parfaits (mais est-ce bien la vérité ?), nous aimons souvent faire en sorte que notre protagoniste commette quelques mauvaises actions… et subisse en retour ce sentiment très intéressant qu’est la culpabilité. Hélas, ce n’est pas si facile à réussir : quelque chose de trop grave, et les lecteurs risquent de détester le personnage ; quelque chose de trop bénin, et la culpabilité qu’on mettra en scène paraîtra forcée, et rapidement insupportable. Comme on dit toujours, « c’est un équilibre à trouver ». Voyons quels genres de poids nous pouvons placer de part et d’autre de la balance.
La culpabilité est un sentiment très puissant, et qui trouve souvent une place intéressante dans nos récits : faire une mauvaise action, la regretter, puis essayer de faire mieux… ça ressemble quand même beaucoup à un arc narratif typique. Le problème, c’est que pour qu’un protagoniste se sente coupable, il doit commettre quelque chose de grave, et que ça peut avoir des conséquences désastreuses sur son lien avec le lecteur. C’est sans doute pour cela que de nombreux récits souffrent d’une forme de maladie inverse : des protagonistes qui se lamentent à grands coups de « Oh la la ! Tout est de ma faute ! » alors qu’ils ne sont absolument pas responsables des drames qui surviennent – ce qui provoque chez le lecteur des yeux levés au ciel et des soupirs agacés.
Bref : pour que cette histoire de culpabilité fonctionne, il y a un équilibre à trouver. Un équilibre entre quoi et quoi ? Eh bien, entre bien plus de facteurs qu’il y paraît ! En effet, la « gravité » de la mauvaise action dont nous parlions ci-dessus combine en réalité plusieurs questions très différentes :
- La cause de la mauvaise action (l’acte était-il intentionnel de la part du personnage, ou est-ce un geste involontaire ou forcé par les circonstances ?)
- Le type de mauvaise action (était-ce quelque chose d’actif, comme frapper quelqu’un, ou quelque chose de passif, comme ne pas avoir fait quelque chose qu’il aurait fallu faire ?)
- Les conséquences de la mauvaise action (est-ce quelque chose qu’on peut encore rattraper ou réparer, ou est-ce que quelqu’un est mort ?)
- La narration de la mauvaise action (est-ce que l’acte est montré et fait l’objet d’une scène, ou est-ce qu’il est simplement raconté, mentionné « en passant » ?)
De nombreux facteurs entrent alors en considération, car les différents choix que nous pouvons faire en créant cette « mauvaise action » peuvent avoir des impacts très différents sur la façon dont le lecteur va ressentir les choses.
La cause de la mauvaise action
Avant même de parler de la mauvaise action elle-même, un facteur très important à considérer est ce qui pousse le personnage à commettre cette action. Le personnage pourra se sentir coupable dans tous les cas, mais cette cause peut changer drastiquement la façon dont le lecteur va voir les choses.
L’intention
Est-ce que le personnage a agi avec intention ?
Pour qu’il y ait intention, le personnage doit prendre la décision de réaliser l’action. Peut-être qu’il a conscience des conséquences négatives que ça pourrait avoir, ou peut-être pas (voir point suivant), mais en tout cas, le texte montre que c’était de sa part un acte délibéré. Dans ce cas, si ça tourne mal, le lecteur le jugera plus durement. Peut-être qu’il manquait d’argent et a décidé de cambrioler quelqu’un ? Peut-être qu’il a aperçu son voisin tromper sa femme et qu’il a décidé de le dénoncer à celle-ci ? Peut-être qu’il a subi un préjudice et a décidé de se venger ?
À l’inverse, le personnage peut avoir agi par inadvertance, sans le faire exprès, sans prise de décision préalable. Il sera jugé moins durement. Peut-être qu’il a cassé ce vase précieux par simple maladresse.
La conscience des conséquences
Est-ce que le personnage avait conscience de ce que cela allait entraîner ?
Pour que l’acte soit fait en toute conscience, il faut que le personnage sache que son geste aura (ou pourrait avoir) des conséquences négatives. S’il agit quand même, il est jugé plus durement par le lecteur quand les conséquences négatives surviennent. À l’inverse, il est possible que le personnage agisse en étant persuadé que les conséquences de son geste seront positives, ou dans le pire des cas neutres (il ne pense donc pas à mal). Le lecteur le jugera moins durement quand les choses tourneront mal.
Un voleur qui s’introduit chez quelqu’un peut avoir conscience que ce qu’il dérobe va manquer à quelqu’un et causer du tort ou de la détresse ; mais peut-être que, selon les circonstances, il ne pense pas à mal : peut-être que c’est « quelqu’un de bien » qui s’immisce dans le bureau d’une firme pour s’emparer de la preuve d’un crime qu’il souhaite dévoiler au grand jour… alors que son action va entraîner des conséquences qu’il n’imagine pas.
À noter une subtilité : sur ce sujet, nous pouvons jouer sur la conscience du personnage, mais aussi sur celle… du lecteur.
- Peut-être que le personnage ne réalise pas les conséquences négatives que ça va entraîner, mais que le lecteur dispose des éléments pour le deviner, ou que le texte les lui a carrément révélées (ironie dramatique).
- Ou peut-être que le lecteur non plus n’a pas conscience que l’acte du personnage va entraîner une catastrophe. Dans ce second cas, le lecteur sera moins dur encore avec le personnage, puisque lui-même aurait sans doute agi de même.
L’agentivité
Est-ce que le personnage était libre de ses faits et gestes ? A-t-il agi sans contrainte ?
Pour que l’on considère qu’il avait le choix, il faut que le personnage puisse décider de ne pas commettre cet acte sans que cela porte trop à conséquences. S’il aurait pu agir autrement, le lecteur le jugera plus durement. À l’opposé, peut-être que le personnage a agi sous la contrainte : s’il n’avait pas commis ce geste, il y aurait eu des conséquences dramatiques.
Ainsi, même si le personnage a agi avec intention et conscience, peut-être qu’il s’estimait forcé par les circonstances (à raison… ou à tort). Peut-être a-t-il commis une horreur afin de sauver sa famille ? Peut-être était-il la victime d’un maître chanteur ? Ou peut-être a-t-il tué parce que – sur l’instant – c’était une question de vie ou de mort ?
On peut aussi faire entrer dans cette rubrique les circonstances atténuantes : peut-être agissait-il sous l’effet d’un profond épuisement, ou qu’il n’était pas tout à fait lucide à cause d’un coup reçu à la tête ? Si on veut jouer avec l’ambiguïté, peut-être qu’il était saoul ou drogué, mais alors, qui était responsable de cet état ?
Remarque : nous autres auteurs adorons créer des dilemmes insolubles et des choix cornéliens, en plaçant les personnages dans une situation où ils doivent agir, mais où tous les choix sont mauvais. Cela apporte beaucoup de tension dans un récit, alors il n’y a pas de raison de s’en priver, mais attention à ne pas vouloir le beurre et l’argent du beurre. Jouer avec la culpabilité ensuite n’aura peut-être pas le poids qu’on pense : si le protagoniste n’avait vraiment pas le choix de faire bien, qu’il s’enfonce dans les remords semblera rapidement agaçant.
Le type de mauvaise action
Après la cause, nous pouvons agir sur le type de mauvaise action dont il s’agissait. Là encore, de nombreux facteurs se conjuguent.
L’action ou l’inaction
Les choses sont très différentes si l’erreur du personnage est une action qu’il a commise, ou s’il s’agit de quelque chose que – justement – il n’a pas fait. Dénoncer quelqu’un est une action ; ne pas dénoncer quelqu’un est une inaction. Se lancer dans une bagarre est une action ; ne pas oser se rebeller et se taire face à l’oppression est une inaction. Le lecteur pardonnera plus facilement une inaction.
Il y a aussi une différence entre l’inaction et l’échec lors d’une action. Beaucoup de récits tentent de jouer avec la culpabilité d’un personnage qui a essayé de sauver quelqu’un, mais a échoué : cela fonctionne souvent mal, car le lecteur a tendance à louer davantage les personnages pour leurs tentatives que pour leurs réussites (règle Pixar N°1). Si le protagoniste a tout fait pour sauver son ami et qu’il a échoué, son sentiment de culpabilité deviendra agaçant, car le lecteur n’a rien à lui reprocher.
La responsabilité
On pardonne plus facilement aux personnes qu’on juge moins responsables, mais on a du mal à pardonner à celles et ceux qu’on juge responsables.
Ainsi, certaines actions ou inactions (même d’aspect mineur) pourront sembler très graves si elles proviennent d’un chef, meneur ou responsable d’envergure. À un niveau un peu moindre, on attend également d’un professionnel qu’il endosse la responsabilité si l’action est liée à son travail : ne pas remarquer ou minimiser les symptômes d’une maladie, ça peut arriver à un ami, mais on le reprochera durement à un médecin. Enfin, un adulte sera toujours jugé plus durement qu’un adolescent, et un adolescent plus durement qu’un enfant.
Toujours au sujet de la responsabilité, une négligence (ne pas avoir vu ou compris quelque chose, ne pas l’avoir assez pris au sérieux) est jugé moins durement que de ne pas avoir accompli une tâche précise qu’on attendait du personnage (qu’un père n’aille pas voir tous les matchs de foot de son enfant le dimanche, c’est une chose, mais c’en est une autre s’il ne va pas voir la finale du championnat à laquelle il avait promis d’assister). « Enfreindre la promesse » est d’ailleurs un classique de nos dramaturgies : le personnage promet quelque chose qu’il ne réalisera pas, ou le personnage promet de ne pas faire quelque chose qu’évidemment il va faire. Ce sont des choses qui ne sont pas faciles à accepter pour le lecteur, raison pour laquelle c’est un trope plus souvent utilisé avec des personnages d’enfants, à qui on peut plus facilement pardonner.
Et un cran encore au-dessus, on trouve le fait d’agir de façon complètement irresponsable, d’une façon qui – à l’évidence – met autrui en danger. Cela, c’est jugé très durement. Encore plus si c’est un adulte. Encore plus si c’est quelqu’un avec de grandes responsabilités.
Les conséquences de la mauvaise action
Enfin, ce qui est vraiment intéressant pour un récit, et qui va permettre de développer cette histoire de culpabilité sur la durée, ce sont les conséquences de la mauvaise action.
La réversibilité
Le ressenti lecteur dépend de la gravité des conséquences, et la gravité dépend en grande partie du fait que le problème créé soit réversible ou non, et à quelles conditions. Pour une même action (le personnage casse quelque chose), tout change si cette chose peut être réparée sans trop d’effort, si la réparer coûte une fortune, ou si ce n’est pas réparable. On peut encore faire grimper le tout d’un cran si la chose en question était unique et irremplaçable (le smartphone fracassé peut être remplacé, mais les photos stockées dessus et qui sont perdues à jamais ne le peuvent pas).
Pour un tort commis envers une personne, ça n’a rien à voir si la personne est fâchée, blessée, ou… morte.
L’impact personnel
D’une façon générale, le lecteur jugera moins durement le protagoniste si les conséquences nuisent à ce dernier personnellement. Si le protagoniste commet une grave erreur qui entraîne pour lui une blessure physique ou psychologique, ou des conséquences sociales, le lecteur va considérer une partie de la dette karmique comme payée. Mais attention : si ça ne nuit qu’au protagoniste, celui-ci n’a guère de raison d’éprouver de la culpabilité.
À l’inverse, le lecteur jugera le personnage plus durement s’il sort personnellement indemne de la situation, voire même qu’il en profite, tandis que d’autres en subissent les conséquences.
Le ressentiment des autres
Ce qui est utile avec ce point – outre qu’il s’agit de relationnel entre personnages et que c’est donc forcément intéressant –, c’est qu’un personnage peut éprouver un ressentiment à long terme à l’encontre du protagoniste même si la première conséquence factuelle de l’action a été résolue ou compensée. Le protagoniste a cassé le téléphone de son ami ? Même s’il lui en a racheté un autre, d’un modèle supérieur, l’ami peut encore éprouver du ressentiment, ou bien a minima une perte de confiance qui aura des conséquences sur l’intrigue.
La réaction des autres personnages envers le protagoniste peut donc faire office de véritable conséquence à une mauvaise action, même si les conséquences plus factuelles ne semblent pas bien graves. Peut-être que l’action du personnage n’a pas entraîné de vrai problème, il n’y a pas eu mort d’homme, mais… il a trahi la confiance d’un proche, et ça, c’est peut-être difficilement réversible. Attention néanmoins : on s’attend toujours à ce que nos proches nous pardonnent davantage que des inconnus. Ainsi, vouloir créer une situation où le protagoniste se met un proche vraiment à dos exige souvent un acte que la crédibilité de l’histoire peine parfois à supporter. Nous gagnons souvent à changer la cible des conséquences néfastes, dans ce cas-là.
Le ressentiment est un excellent moyen de faire en sorte que la mauvaise action ait d’abord des conséquences sur les autres personnages, mais que le protagoniste se retrouve affecté par rebond, parce que ces gens lui font ensuite des reproches. S’il se retrouve malmené par les autres personnages, ou au moins par des personnages qui comptent pour lui, le lecteur a plus de chances de vouloir le voir réparer les choses.
Jouer avec la narration
En plus de la cause, du type et des conséquences de l’acte, il existe un autre levier avec lequel nous pouvons jouer : le fait de montrer la mauvaise action au lecteur… ou pas.
L’acte sera jugé plus durement par le lecteur s’il en est un témoin direct. Au contraire, il peut avoir tendance à le minimiser s’il ne s’agit que d’un fait rapporté. Ainsi, si on raconte que le personnage a tué quelqu’un dix ans plus tôt (avant le début du roman), ce sera jugé avec beaucoup moins de force que si on assiste en détail à la scène où le protagoniste tue quelqu’un. Attention : cela minimise, cela n’absout pas. Si le personnage a détruit une planète entière avec tous ses habitants, se contenter de le mentionner vite fait en passant ne suffira pas à mettre les faits sous le tapis.
Doser selon ses objectifs
Nos objectifs d’auteurs peuvent être très variés, selon le genre et le ton de notre ouvrage. Créer un peu de culpabilité pour notre protagoniste de feel good, ce n’est pas pareil que de créer une lourde culpabilité d’une dark fantasy qui finira en tragédie. Néanmoins, si on souhaite que la culpabilité ronge le personnage, nous allons généralement avoir besoin :
- Que le personnage soit vraiment responsable de ladite action (si le lecteur estime que « ce n’est pas sa faute », sa culpabilité sera agaçante à lire).
- Que les conséquences sur autrui soient assez concrètes pour justifier ce sentiment de culpabilité (si le lecteur estime que « ce n’est pas bien grave », sa culpabilité sera agaçante à lire).
- Que le lecteur comprenne pourquoi le personnage a agi ainsi, qu’il puisse l’admettre (si le lecteur estime que « c’est idiot, personne ne fait ça dans la réalité », sa culpabilité sera agaçante à lire).
Créer une culpabilité marquante dans un récit léger
Le principal risque de « tenter le coup de la culpabilité » dans une histoire peu tragique (comme un roman feel good), c’est de créer une fausse culpabilité : si le protagoniste doit souffrir de culpabilité, le lecteur s’attend à ce qu’il y ait une vraie raison. Néanmoins, nous avons vu qu’il y a plein de façons de faire, en particulier en jouant avec l’intention et la conscience des actes. L’inaction ou la négligence fonctionnent bien, avec des choses qui peuvent nuire aux autres sans être trop dramatiques.
Créer un arc de rédemption
Dans le cas où on souhaite qu’une rédemption soit l’arc majeur d’un personnage, il nous faudra probablement y aller un peu plus fort, car le lecteur doit « ressentir » que la rédemption est nécessaire. La mauvaise action de départ est donc censée être plus grave et difficile à pardonner.
Là encore, il y a tant de leviers à manipuler et de possibilités qu’il est impossible de lister tout ce qu’on peut faire ou ce qu’on ne devrait pas faire. À nous de jouer pour que la mauvaise action semble assez terrible et les conséquences assez graves pour justifier cette culpabilité majeure… tout en créant des circonstances atténuantes ou de petites raisons qui justifient l’envie du lecteur de voir le protagoniste se racheter.
Enchaînement typique : le protagoniste a commis quelque chose de terrible, mais qui semblait justifié par les circonstances… hélas les conséquences ont dérapé hors de son contrôle. Par exemple, quelqu’un a tué son enfant, et fou de douleur il s’est lancé à la poursuite du meurtrier pour se venger… mais la course poursuite a dérapé et, bien que le protagoniste ait atteint son but et vengé son enfant, plusieurs innocents ont péri dans un carambolage qu’il a provoqué parce qu’il ne voulait pas que l’assassin lui échappe.
Quant aux actes impardonnables – si on décide que notre histoire a besoin d’un personnage qui franchit la ligne rouge -, il n’y a qu’une seule et unique façon d’en conclure le fil : la fin tragique. Peut-être que le personnage obtient sa rédemption tout de même avant de mourir, mais s’il a réellement commis des atrocités et des erreurs que le lecteur juge trop graves, il ne devrait pas s’en sortir, au risque que le lecteur en soit excessivement frustré.
Créer un personnage de « bad guy »
Si on souhaite mettre en scène un personnage théoriquement « mauvais », mais que l’on compte utiliser comme un protagoniste, il faudra jouer de nos différents leviers afin qu’il ait effectivement et consciemment réalisé de mauvaises actions (sinon, il n’est pas crédible en « bad guy ») sans pour autant qu’il soit impardonnable aux yeux du lecteur. Cela peut passer par :
- Minimiser les conséquences tragiques directement imputables à ses actions personnelles (oui, il fait partie d’un gang qui braque une banque, et le braquage fait des morts, mais il n’est que le chauffeur, il n’a pas pressé la détente).
- Montrer qu’il regrette et agit surtout sous la contrainte (il sait qu’il devrait quitter ce gang, mais le chef du gang a un moyen de pression sur lui).
- S’arranger pour que ses mauvaises actions nuisent essentiellement à des gens peu recommandables, pour lesquels le lecteur n’éprouve aucune sympathie (s’il tabasse des membres d’un autre gang, ça fonctionnera mieux que s’il s’en prend à une mère de famille).
- Ne pas montrer directement les scènes où il fait du mal aux autres (son comparse lui demande comment s’est passé l’assassinat qu’il devait mener à bien la semaine dernière, le personnage répond de façon laconique, mais le texte ne montre pas la scène au lecteur).
Créer un personnage de paria
Si on souhaite mettre en scène un personnage rejeté de tous pour ses erreurs, on se retrouve dans une situation très compliquée : c’est un objectif difficile à atteindre de façon crédible si on souhaite que le personnage ne soit pas vraiment quelqu’un de mauvais.
Premièrement, cela suppose un acte d’une si grande ampleur que « tout le monde » est au courant que le protagoniste en est la cause. Deuxièmement, ça doit être si radical que « tout le monde » est unanime (c’est quand même rare). Créer les circonstances d’un tel phénomène est difficile, et manque généralement de crédibilité : ça sonne souvent faux.
Une astuce peut être de créer une mauvaise action qui rend le personnage impopulaire à une échelle plus modeste, puis d’ajouter de la propagande (par exemple issue d’un adversaire) ou une forme de ségrégation qui fait enfler la rumeur et le ressentiment. Cela a le mérite d’être plus réaliste, et de mettre le personnage sur de bons rails vis-à-vis du lecteur, puisqu’il subit ici une injustice, et que ça va donner envie qu’il redresse les torts, même si intérieurement il combat sa culpabilité initiale.
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L’erreur la plus commune quand nous voulons créer des personnages rongés de culpabilité, c’est d’en faire trop. Dans la réalité, beaucoup de gens se sentent terriblement coupables pour des choses relativement anodines, et nous n’avons pas besoin que notre protagoniste tue des gens pour utiliser ce sentiment puissant dans notre récit (comme nous l’avons vu, quelque chose de si grave et irréversible pose de gros problèmes dans notre lien personnage-lecteur, à moins d’écrire une tragédie). Avec tous ces leviers sur lesquels jouer, les possibilités sont très nombreuses, nous permettant des dosages très différents. En réalité, le principal risque, c’est que le lecteur ne soit pas d’accord avec le personnage en ce qui concerne sa responsabilité : c’est à ce sujet qu’il faut surtout veiller.
M’enfin, ce n’est que mon avis…

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